Notre interlocuteur décide du sujet

Écouter, accompagner, soutenir : les aumônières du Burgerspittel, à la Bahnhofplatz, sont là pour celles et ceux qui veulent vider leur cœur. Saara Folini et Noemi Heuberger parlent de la beauté des sujets difficiles.

Portraits des collaborateurs Monde du travail
Noemi Heuberger (à gauche) et Saara Folini (à droite)

TEXTE : PASCAL MATHIS ; PHOTO : FRANZISKA ROTHENBÜHLER

Ce n’est pas à leur travail que l’on pense en premier lieu lorsqu’on s’imagine une institution pour personnes âgées. Et pourtant, elles-mêmes et leurs tâches font partie intégrante du Burgerspittel de la Bahnhofplatz. Saara Folini et Noemi Heuberger sont aumônières et sont là pour les résidents, les résidentes, les proches et l’équipe soignante.

D’un geste de la main, Noemi Heuberger forme un grand arc au-dessus de sa tête. « Large comme ça », suggère-t-elle, « il est large comme ça, le spectre des sujets que nous pouvons aborder lors des échanges. » Presque tout ce que la vie nous réserve peut être discuté avec l’aumônerie : une dispute dans la famille, la peur de la mort ou même le sens de la vie. « Mais aussi les “petites” choses, telles que des problèmes de voisinage ou la recherche d’une bonne lecture », ajoute Saara Folini.

Tout le monde peut, personne ne doit
Il est toujours touchant de voir à quel point les gens ont besoin de se confier à quelqu’un. Pour Saara Folini et Noemi Heuberger, l’écoute est essentielle, et la discussion ainsi que la philosophie en font partie. Et elle peut aussi parfois prendre d’autres formes : chanter, faire un exercice de pleine conscience ou boire un jus d’orange ensemble.

« C’est notre interlocuteur qui décide du sujet », explique Saara Folini pour résumer le point de départ des accompagnements spirituels. Personne n’est obligé de faire appel à cette offre, mais pour celles et ceux qui le souhaitent, l’accès à l’aumônerie est conçu de la manière la plus simple possible. Au Burgerspittel, on se croise de toute façon tôt ou tard. Heureusement, en cas de besoin, le contact s’établit rapidement.

Tout sauf un luxe
Saara Folini, théologienne, et Noemi Heuberger, psychologue, apprécient de pouvoir proposer un service d’aumônerie en duo. « Les uns préfèrent parler avec une pasteure, les autres me préfèrent parce que ce je n’en suis justement pas une », explique Noemi Heuberger. L’essentiel, selon elle, c’est que l’autre soit entendu et compris. Et n’oublions pas : « Nous allons aussi vers celles et ceux qui ne peuvent plus s’exprimer facilement », dit Saara Folini. Comme tous les êtres humains, ils ont souvent un besoin très fort d’être considérés, entendus et compris. Et ce quelle que soit l’heure, car « les crises ne finissent pas à 17 heures ».

« Le besoin existe bel et bien », affirment Saara Folini et Noemi Heuberger, qui exercent toutes deux leur activité à temps partiel. Même si elle n’est de loin pas établie partout, l’assistance spirituelle est essentielle dans tout le système de santé « et tout sauf un luxe », affirme Saara Folini avec détermination. Noemi Heuberger et elle apprécient donc d’autant plus l’importance accordée à l’aumônerie au Burgerspittel et les échanges avec la direction.

Le rire à l’heure du dernier souffle
Toutes deux tirent elles-mêmes beaucoup de ces rencontres. « Les thèmes existentiels, beaucoup abordés avec nous, rendent humble », dit Noemi Heuberger. Nous sommes toutes et tous concernés. Cela la comble toujours de voir comment des personnes ayant une grande expérience de la vie peuvent les aborder. Mais n’est-ce pas finalement une lourde charge que de ne discuter que de choses difficiles ? Saara Folini hausse les sourcils et sourit. « Oh, on rit tellement chez nous ! Même sur le lit de mort ! » Les personnes qui ont du recul par rapport à elles-mêmes et au monde offrent une énorme richesse. Ou comme elle le résume avec justesse : « Ce sont souvent des moments difficiles, mais c’est tellement beau de les partager ! »

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