Le récit des roches

Au Musée d’histoire naturelle de Berne, on ne se contente pas de montrer et de transmettre, on fait aussi de la recherche et on collectionne. Thomas Burri, géologue, nous donne un aperçu du département des sciences de la Terre. Il parle de météorites, de haches en pierre, de son parcours atypique... et de bases de données.

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Portrait de Thomas Burri

TEXTE : CHRISTOPH BUSSARD ; IMAGE : NELLY RODRIGUEZ

Le bureau de Thomas Burri est une sorte de musée dans un musée. Où que l’on regarde, on voit des roches : provenant d’une zone de cisaillement à Oman, des gorges de Court ou du bord du lac de Zoug, s’agissant d’une carotte de forage du Lötschberg, d’une éclogite trouvée à 50 ou 60 kilomètres de profondeur ou d’une boîte à fiches contenant des plaquettes de marbre historiques. « Les roches sont des livres ouverts », explique Thomas Burri, « elles nous racontent une histoire ».

Oman, le mont Sujet et un dépôt en couches géologiques profondes
Parfois, fascinés par les expositions, nous en oublions presque que le Musée d’histoire naturelle de Berne est une institution de recherche qui comprend trois départements : les sciences de la Terre, les vertébrés et les invertébrés. Thomas Burri fait partie de l’équipe des sciences de la Terre, qui compte cinq personnes. Le département jouit d’une renommée internationale, grâce notamment à ses recherches sur les météorites dans le désert d’Oman ou sur le mont Sujet. Il souligne également la collaboration au projet de recherche « Mont Terri », dans le Jura, concernant le stockage géologique profond des déchets radioactifs.

D’où vient cette serpentinite ?
Thomas Burri peut assouvir sa passion pour les roches et les histoires dans un domaine de recherche qu’il qualifie d’« archéologie ». Celui-ci l’a récemment conduit dans la région d’Andermatt, où il a collecté de la serpentinite et a failli se perdre dans les aulnaies. « Au Néolithique, sur les sites palafittiques du lac de Zoug, on utilisait un nombre remarquablement élevé de haches en serpentinite, bien que ce matériau n’y soit guère présent. En collaboration avec des archéologues, nous essayons de trouver d’où provient le matériau brut utilisé pour fabriquer ces haches », explique Thomas Burri. Certains indices laissent penser que la serpentinite pourrait provenir de la région d’Andermatt. Si cette théorie s’avère, nous obtiendrons des informations sur les routes commerciales d’autrefois et sur la manière dont le matériel était distribué. « Nous pouvons déduire de telles relations commerciales à partir de haches en jadéite, par exemple, qui ont certes été trouvées sur le Plateau, mais qui doivent provenir des Alpes occidentales italiennes », ajoute-t-il.

La passion de Thomas Burri pour l’archéologie est étroitement liée à son histoire personnelle. Après un apprentissage de dessinateur en bâtiment, il a intégré le gymnase Feusi dans l’optique de devenir archéologue. « Dix ans plus tard, l’Université de Berne m’a recraché en tant que docteur en géologie. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé », raconte-t-il en riant. Mais il ne voit là que du positif : « Je voulais être archéologue, je suis devenu géologue. Maintenant, je travaille à l’intersection des deux domaines. » Selon lui, tout le monde y gagne dans la mesure où le savoir-faire en matière de géologie fait souvent défaut en archéologie.

Les géologues rattrapent leur retard
La mission des départements scientifiques du Musée d’histoire naturelle de Berne n’est pas seulement de faire de la recherche, mais aussi de collectionner. La collection des sciences de la Terre dans les salles d’archives du musée compte environ un demi-million d’objets : 450 000 fossiles, météorites, minerais, minéraux et roches. Thomas Burri est actuellement très occupé par la numérisation. « Les musées ne veulent pas seulement une collection de documents dans leur cave, mais une collection de recherche en ligne, qui soit à la disposition des chercheurs, chercheuses, collectionneurs, collectionneuses et autres personnes intéressées », dit-il. La géologie a longtemps été en retard sur la biologie en ce qui concerne la publication d’objets sur Internet. Au cours des vingt dernières années, beaucoup de choses ont tourné autour de projets de biodiversité, ce qui est compréhensible. Or on constate aujourd’hui une dynamique mondiale, qui pousse la géologie à rattraper son retard. Un projet de l’Académie suisse des sciences naturelles a pour but de rendre virtuellement accessibles les objets des collections de sciences naturelles suisses. Thomas Burri est membre de plusieurs groupes de travail qui s’occupent de l’intégration des sciences de la Terre dans ce projet.

Mais voilà : la base de données seule ne suffit pas, en fin de compte, chaque objet doit être saisi numériquement. Thomas Burri est heureux de pouvoir compter sur le soutien de bénévoles et de personnes effectuant leur service civil pour ce travail. Jusqu’à récemment, 90 % des quelque 4000 roches du musée attendaient encore d’être saisies dans le système informatique. Parmi elles, des collections de pionniers de la géologie alpine, tels que Bernhard Studer, Armin Baltzer ou Arnold Escher, d’importance historique. « Il y a encore beaucoup à faire ! », conclut Thomas Burri.

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